• 18 septembre 1914

    18 septembre

    La bataille continue sur l’Aisne. Il faut attendre encore pour se prononcer. Attendons.

    J’apprends la mort - pas officiellement - d’un brave jeune ami viennois, Jean Leproux, sergent au 113e, tué à l’ennemi aux environs d’Altkirch (Haute Alsace). Si la nouvelle est vraie je prends une bien sincère part à la peine de ses pauvres parents, de son frère Georges et de sa jeune femme. Jean était serrurier, de sa profession, il était très doué, bon dessinateur et excellent ouvrier ; il était également, depuis son retour du régiment - septembre 1913 - moniteur de gymnastique de la société « L’avant-garde viennoise » de la paroisse de Vienne. Espérons que la nouvelle de sa mort soit fausse et que nous le revoyons, joyeux, parmi nous.

    On dit aussi que 2 Viennois, de « L’avant-garde viennoise » également, Joseph Daviau et Édouard Rocher, seraient blessés et prisonniers en Allemagne. On est sans nouvelles d’eux.

     

    6_Fi_018_01726

     

    Blois.- L’Avant-Garde Viennoise.- 6 Fi 18/1726. AD41

     

    Je reçois une carte postale de mon ami Paul Verdier, infirmier au fort de Chelles (Seine-et-Marne) et détaché à St-Jean-de-Braye (Loiret).

    Voici sa carte, avec son libellé :

    5e section d’infirmiers militaires                            Franchise militaire

    Train sanitaire improvisé n° 2                  Carte postale

    St Jean-de-Braye, 6 septembre

    Bonnes amitiés d’un pigeon voyageur

                          Signé : Paul Verdier

    Soldat territorial,

    5e section d’infirmiers militaires

    train sanitaire improvisé n° 2.

    Bastion 17. Paris Porte Ménilmontant

     

    Monsieur P. Legendre

    Architecte

    3 rue Bertheault [sic]

    Blois

    (Loir-et-Cher)

    Et sur l’autre face la photographie représente « Les environs d’Orléans – St-Jean-de-Braye - Le pont du canal. »

    Le bon Paul ! Le bon pigeon voyageur !!

    Je reçois aussi une bonne carte de ces braves gens des environs de Meaux, que j’ai eu de la chance de placer au château de Clénord. Les braves cœurs reconnaissants !

    Leur carte représente une vue, en couleur, de la ville de Blois et sur la partie réservée à l’écrit est libellé ceci :

    F. Lefèvre-Delaux

    Chauffeur réfugié de Meaux

     

    Château de Clénord

    le 11 septembre 1914

    Remercions de tout notre cœur monsieur Legendre pour toute la part qu’il a prise pour nous sauver

    Très respectueusement reconnaissants L. D.

    Monsieur Legendre

    architecte, à Vienne en Sologne

    rue Bertheau, n° 3

    à Blois

    (Loire-et-Chère) [sic]

     

    Voici une carte qui fait plaisir, et je vois - par là - que je n’ai pas obligé des ingrats. Je souhaite à cette bonne famille, chassée de son pays par l’envahisseur, de retrouver la joie et le calme.

    Je pense pouvoir aller la voir à Clénord, un de ces jours.

    Comme il fait bon, nous allons en forêt, cette après-midi de commencement d’automne, par St-Gervais, notre belle forêt de Russy, les Bruyères, l’allée de la Croix-Rouge, puis sous-bois en d’idéales petites allées. Les tapis de mousses sont parsemés de mille teintes et les galles et les glands de chêne tombent doucement, parsèment le sol de dragées, comme en un baptême. Les faînes se détachent des hêtres et annoncent la mauvaise saison prochaine ; n’y pensons pas. Tout est silence, un silence pénétrant que j’aime. Les oiseaux, déjà, se taisent et se préparent à l’hivernage.

    Là-bas, aussi, en un autre coin de notre France, comme les glands, les galles et les faînes, ils tombent nos petits soldats, non dans le silence, mais - au contraire - dans le bruit des batailles ; ils tombent et leur sang vermeil teint pour toujours les mousses des bois ; de ces taches rutilantes germeront, au printemps de la victoire, de nouvelles vies et de vibrantes énergies ; les oiseaux - après le silence d’un mortel hivernage - chanteront - à nouveau - leurs hymnes de joie ; elles seront - au printemps nouveau - des hymnes de victoires !

    Nous revenons par le carroir du « Rendez-vous » - où nous goûtons - quelques instants - les charmes d’une halte, puis par l’allée de Seur, l’Aubépin et St-Gervais, à la nuit tombante, nous rentrons à Blois.

    16_Fi_00289

     

    Saint-Gervais-la-Forêt.- L’Aubépin. Le Colombier.- 16 Fi 289. AD41