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  • 29 et 30 avril 1915

    29et 30 avril 1915

    [29 avril] Hier est venu chez moi un gendarme. Il m’a demandé mon livret, je le lui ai montré. C’était – m’a-t-il dit – pour voir où en était ma situation militaire, au sujet de réclamations anonymes envoyées au Ministre de la Guerre par des gens qui « s’inquiètent » de ceux qui ne sont pas « partis ». Car pour ces gens-là faire son devoir n’est rien, partir est tout. C’est la besogne anonyme de lâches qui s’ils se cassent un bras ou perdent un œil se plaignent et crient à l’injustice en apprenant qu’un autre n’a pas de bras de cassé ou a ses deux yeux. C’est ce que l’on appelle : la fraternité ! Elle est belle. Le brave gendarme en rit ; il a toute une longue liste de noms et me dit de ne pas m’inquiéter. Faisant mon devoir, je ne crains rien, et je traite ces dénonciations lâches par le mépris.

    Le « général » Gervois m’écrit de Sarlat (Dordogne) :

    « Mon cher monsieur Paul

    Très étonné de ne pas recevoir de vos nouvelles je vous ai écrit à Paris pendant mon congé de convalescence et je n’ai pas eu de réponse, mais je savais bien que si vous aviez reçu ma lettre vous m’auriez répondu. J’ai reçu une carte de votre grand Charles qui était à Romorantin et puis plus rien. Est–il chez vous car j’aspire à savoir ce qu’il est devenu, s’il est chez vous dites-le-moi, en même temps un peu de détails, car je suis ici sans personne pour me donner des conseils, aussi monsieur Paul veuillez croire à mes sentiments les plus respectueux de votre général qui ne vous oubliera jamais.

    Paul Gervois

    110e de ligne, 25e Cie de dépôt, à Sarlat chez M. Montazel, facteur. »

    Le colonel Nitot m’écrit de Chambon et me dit d’aller le voir « Bravo pour le neveu !! » m’écrit-il.

    Le brave Le Daniel m’écrit de Chitenay :

    « Monsieur Legendre

    « Je me plait très bien dans ce beau chateau, la santé va toujours de mieux en mieux, bien le bonjour pour moi à Viard et à Nizon ; je conte encore de vous voir avant de partir.

    Le Daniel. »

    Pierre Gallon m’envoie une vue de Saint-Chamond, il me dit qu’il ne se fait pas de bile et que sa convalo se passe bien. Comme j’ai écrit à monseigneur Bolo pour qu’il obtienne que Pierre et Charles embarquent pour les Dardanelles, il me demande si j’ai reçu une réponse.

    Joseph Pinard m’envoie une vue de Cholet :

    « Mon cher Monsieur. Je vous écrie ses de mots pour vous donné de mes nouvelles qu’ils sont bonnes pour le moment et je pance que ma carte vous trouve de même quel me quitte… Voilà mon adresse : Pinard Joseph au 7e d’infanterie 26e Cie Cholet (Maine-et –Loire). »

    Paul Robert m’écrit de :

    « Beaune 29-4-15

    Mon bien cher Paul

    Je pensais t’écrire quelques mots avant mon départ de Nevers, mais il y a juste aujourd’hui huit jours j’ai eu le grand bonheur et le plaisir d’avoir la visite de ma bonne maman. Tu juges de mon bonheur et ce bonheur a terminé mon séjour à Nevers puisque ma mère est repartie 1/2 heure avant moi. Je n’ai pas besoin de te dire si cette double séparation m’a fait un grand vide dans le cœur. J’ai passé à Nevers des jours qui compteront bien dans les jours heureux de ma jeune existence et vraiment j’ai eu bien du mal à me faire à cette idée que je quittais ma tante qui a eu toutes sortes d’attention pour son petit neveu et une cousine que j’affectionne beaucoup et dont les taquineries réciproques me font encore plus regretter sa présence. Ma cousine dont je te parle a son mari en Alsace depuis le mois de janvier et occupe une place d’infirmière dans un hôpital de Nevers, rôle qu’elle remplit avec un dévouement que j’ai admiré plus d’une fois.

    Mais chaque chose a son temps, il faut savoir prendre les choses comme elles viennent, le bon temps comme le moins bon. Je compte reprendre bientôt mon service avec l’esprit plus occupé le temps me semblera moins long.

    Je te quitte, mon cher Paul, affectueuse poignée de mains de ton ami dévoué.

    P. Robert. »

    Après-midi, avec Charles, nous allons à Marcilly-en-Gault, par Bracieux et Neung. Les genêts commencent à fleurir, les bois sont verts !

     

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    Neung-sur-Beuvron.- Grande rue.- 6 Fi 159/24. AD41

     

    Un orage nous prend en route et nous oblige à nous arrêter à Neung, nous l’attendons à passer chez M. Roullet, entrepreneur de menuiserie. Nous repartons et allons au Dangeon. Je n’ai pas revu mon chantier depuis l’année dernière. Tout a très bien supporté l’hiver. Nous repartons et repassons par Marcilly, Millançay, Lanthenay et Romorantin. Nous nous arrêtons à la caserne où nous voyons le sergent Faure, l’abbé Leroux, Bodier notre locataire, Émile Imbert, etc. Puis je m’arrête chez M. Porcher, entrepreneur de maçonnerie. Ensuite nous repartons, mais nous nous arrêtons à Mur-de-Sologne. Mardi dernier la foudre est tombée sur le clocher de l’église et y a mis le feu. Toute la superbe flèche qui s’élançait gracieuse vers le ciel – haute de 30 m - a été la proie des flammes, et sans le secours des pompiers de Romorantin toute la charpente de l’église y passait. Nous voyons M. l’abbé Leclerc, le si bon et si sympathique curé de Mur, il est désolé. D’autant que – nous dit-il – l’assurance est insuffisante – et que la commune va perdre ; elle ne pourra jamais reconstruire le clocher comme il était. Et la riante paroisse de Mur ne verra de sitôt son clocher pointu la dominer et la signaler de loin aux voyageurs.

     

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    Mur-de-Sologne.- L’église [après restauration].- 6 Fi 157/5. AD41

     

    Et comme un malheur ne va pas seul, M. le curé nous apprend la mort de Mme Gustave Fontaine, décédée à 48 ans, au château de Fondjouan. Elle était la bienfaitrice et l’espoir de la paroisse.

    Nous laissons le bon curé dans ses tristes et justes lamentations et nous repartons.

    Vers 7 h. nous sommes à Blois.

    Charles a été tout le temps au volant.

    [30 avril]

    État civil des ambulances de Blois, pour le mois d’avril.

    Le 26 mars – Marcel Truc, caporal au 4e régiment de zouaves, au collège.

    Le 29 mars – Auguste Haie, 26 ans, soldat au 113e régiment d’infanterie – Marcel Chanceau, 27 ans, soldat au 113e d’infanterie (tous les deux à l’Hôtel-Dieu) - Louis, François Yson, 44 ans, soldat au 39e régiment territorial d’infanterie.- Auguste Morin, 27 ans, soldat au 113e régiment d’infanterie (tous les deux à l’Hôtel-Dieu).

    Le 9 avril – Étienne Calvet, 32 ans, soldat du 96e régiment d’infanterie (rue des Écoles).

    Le 11 avril – Louis, Auguste Cornille, 19 ans, soldat au 113e d’infanterie (Hôtel-Dieu).

    Le 14 avril – André, [Jean-Baptiste] Dousselin, 19 ans, soldat au 113e d’infanterie (Hôtel-Dieu).

    Le 19 avril – Abel Matray, 33 ans, soldat au 174e d’infanterie (rue des Écoles).

    Le 29 avril – Sébastien Bernadou, 29 ans, soldat au 122e régiment d’infanterie (Hôtel-Dieu).

    Après-midi, Charles et moi, nous allons à bicyclette, et par le tramway électrique, à Candé chez messieurs Jouan et Daveau, entrepreneurs de charpente, où j’ai une note à leur payer. Nous sommes admirablement reçus et mon Charlot a du succès, et un succès visible auprès de mademoiselle Daveau, en racontant ses exploits de guerre. Nous revenons par les Montils, Chitenay et Cellettes.