En poursuivant votre navigation sur le site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des services et informations adaptées à vos centres d’intérêts. En savoir plus

  • 27 et 28 avril 1915

    27 et 28 avril 1915

    [27 avril] Un temps idéal.

    Nous partons an auto, Charles et moi, pour la Chaise. Charles se met au volant au départ de Blois jusqu’à l’entrée – y compris - dans la Chaise. Il est, décidément, un chauffeur épatant, aussi suis-je décidé à lui faire passer son examen d’auto avant qu’il retourne à son dépôt. Il est étonnant.

     

    77_Fi_00063

    Chissay-en-Touraine.- Les Bords du Cher.- 77 Fi 63. AD41

     

    Il conduit en maître, malgré certaines difficultés de la route, notamment la descente rapide des Montils, la traversée de Pontlevoy, celle de Montrichard, celle de Chissay, celle du pont suspendu de Chissay sur le Cher, la grimpette de Saint-Georges, l’entrée difficile à la Chaise. Il s’en tire avec une aisance remarquable.

    Mme Denys, madame Masquelier d’Aigremont nous reçoivent en l’absence – hélas ! – de monseigneur Bolo – à bras ouverts. C’est le premier marin qui franchit le seuil de la Chaise. Un fusilier marin dans la demeure du sympathique aumônier du « Waldeck-Rousseau » !

    Nous nous promenons dans les jardins, et le déjeuner suit très gai, comme toutes choses à la Chaise. Nous passons à la salle de billard et mon petit Charlot raconte sa belle et héroïque campagne. On l’écoute avec fierté ! Madame d’Aigremont nous fait promettre de retourner à la Chaise avant l’expiration du congé de Charles ; nous le promettons avec joie. Bien entendu le souvenir de monseigneur Bolo plane sur cette belle journée.

    Nous quittons la Chaise à regret.

    Nous nous arrêtons à Montrichard en passant et, mon Charlot toujours au volant, nous rentrons enchantés de notre promenade effectuée par un temps de printemps radieux et par une chaude température.

     

    6_Fi_151%00047

    Montrichard.- Le Pont et le Donjon.- 6 Fi 151/47. AD41

     

     [28 avril] Quelle triste nouvelle !

    Notre cuirassé « Le Léon-Gambetta » de l’escadre de la Méditerranée, de la division placée sous les ordres de l’Amiral de Gueydon, chargée – dans l’Adriatique – de faire le blocus des forces autrichiennes, a été torpillé, en pleine nuit, par un sous-marin autrichien, et a coulé. Sur près de 700 hommes de l’équipage, 136 ont été sauvés. Je salue avec émotion ces nobles héros qui se sont ensevelis sous les profondeurs du canal d’Otrante. Leur sacrifice ne sera pas vain. La Patrie leur doit sa vie, elle les exaltera dans son amour. Je les salue et je prie pour eux.

    Du « Waldeck-Rousseau »qui devait se trouver aux côtés du « Léon-Gambetta » une émotionnante absolution a dû descendre sur ces héroïques marins et ils ont dû paraître transfigurés devant Dieu le Maître, le seul Maître de toutes choses.

    J’écris aussitôt à la Chaise, disant mes angoisses pour monseigneur Bolo, et Charles y ajoute un petit mot.

    M. le directeur des enfants assistés m’écrit de Saint-Pierre-le-Moûtier, le 25 avril 1915.

    « Monsieur Legendre

    « Notre ami Viard m’annonce son entrée en congé de convalescence qu’il va passer auprès de vous. Je viens vous en témoigner tous mes remerciements, nous vous sommes très reconnaissants de la très grande bienveillance et de la sympathie affectueuse que vous témoignez à notre pupille, auquel nous portons un vif intérêt.

    Nous avons voulu lui témoigner spécialement notre satisfaction à cause de sa belle conduite sur le champ de bataille à un âge où ses camarades étaient encore dans leurs foyers. Nous l’avons associé d’ailleurs, dans notre estime, à son camarade Descamps qui se trouvait dans les mêmes conditions que lui.

    Je vous prie d’agréer, monsieur Legendre, avec nos remerciements, l’expression de mes sentiments les meilleurs.

    Le directeur

    Bacquet »

    Ce qui prouve que Charles est estimé par ses supérieurs, comme il mérite de l’être.

    Mon affaire relative à mon accident d’auto a été terminée jeudi dernier. Champeaux a été condamné à me rembourser la somme de 1300 F plus les intérêts, payables 40 F par mois, avec cette exigibilité que la totalité des 1300 F sera exigée le mois où Champeaux n’aura pas versé les 40 F dus ; il a de plus été condamné aux frais. Voilà donc mon procès rapidement terminé, et bien terminé. Je vais en remercier mon avocat, Me Jolain, et mon avoué Me Filly.

    Ce même jour m’est arrivé une petite caisse de dattes qui venait de Tunis, envoyée par monseigneur Bolo. C’était, vraiment, la journée aux aubaines.

    Je reçois une carte de Pierre (vue générale d’Izieux, son pays.)

    « Izieux, le 26/4/15

    Cher monsieur

    Je m’empresse de vous avertir de mon arrivée à bon port à Izieux ; le voyage s’est effectué pour le mieux et j’arrivais bien chez moi à l’heure convenue. Inutile de vous dire la joie de mes parents en me voyant arriver.

    Laissez-moi en passant vous remercier de l’excellent paquet que vous m’avez donné pour mon départ, et des mille choses que vous m’avez apportées pendant mon séjour à Blois. Je vous souhaite de bonnes promenades, Charles doit être à présent un chauffeur distingué. Bien des choses à votre maman et recevez l’assurance de ma plus sincère affection.

    Votre petit ami : Pierre (Gallon Pierre, quartier-maître électricien, cité ouvrière, rue du Repos, à Izieux (Loire). »