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  • 26 avril 1915

    26 avril 1915

    Le sapristi de Charlot ! Il n’est pas plus tôt arrivé à la maison, qu’il est aussitôt reparti ; impossible de l’arrêter. C’est un vrai sang bouillant. Et c’est tout juste si, ce matin, il peut rester à nettoyer l’auto. C’est un vrai ver coupé, il n’est pas un instant en place. « Je vais faire un petit tour pour fumer ma pipe ! » et le voilà parti. Il rentre… et il repart.

    L’abbé Perly m’écrit :

    « 20 mars 1915

    Mon bien cher ami

    N’avez-vous donc pas reçu mes deux dernières lettres je le crains. Aussi je n’attendrai pas plus longtemps pour vous donner de nouveau signe de vie. Toujours ma santé est bonne, elle ne se ressent pas trop des fatigues éprouvées encore aux attaques du dimanche et lundi de Pâques, travail effectué par des nuits épouvantablement noires et sous une pluie continuelle. Mais heureusement ces coups de collier ne sont que passagers et, en dehors des attaques, nous jouissons d’un repos 1° absolu si nous sommes sur le front, 2° relatif si nous sommes au repos à l’arrière, car alors nous devenons section de prophylaxie, alors c’est un drôle de travail. Je crois d’ailleurs que d’ici peu nous ne nous occuperons que de l’hygiène à l’arrière ; notre formation a été diminuée, fournissant 4 équipes à chaque groupe divisionnaire. Certes en restant à l’arrière il y a moins de danger, mais pourtant j’envie le sort des camarades qui sont partis, leur vie sera utile, toute de dévouement auprès de nos chers blessés, pendant que nous, nous aurons comme principale occupation le transport du fumier et l’enfouissement « des colombins » (pardon), alors vie insignifiante exempte de tout mérite et qui ne donnera droit qu’aux railleries et à la risée commune. Certes le service d’hygiène a son utilité, mais je laisserais volontiers à d’autres le soin de le faire. Enfin nous ne sommes pas encore affectés à ce service spécial et c’est du poste de secours de Boureuilles que je vous écris pendant que nos canons bombardent un Taube qui se sauve à tire d’ailes. Ah ! Vraiment ils ne valent pas les nôtres leurs aviateurs. L’un des Français est allé faire ce matin, à la première heure, sa promenade au-dessus des lignes boches, il a reçu froidement 104 obus dans une circonférence très restreinte. Je vous avais annoncé l’envoi de ma montre, quelques balles de shrapnels et un presse-papier fait d’une partie de la fusée d’obus boche. J’ai profité d’un envoi d’effets de laine pour expédier le tout à Gy, si vous y êtes allé depuis, Papa a dû vous remettre ces objets et vous participerez encore au partage lors de mon retour.

    … Il y a encore l’offensive, la fin des hostilités, les pourparlers ; espérons, voilà le temps magnifique, nous sommes, j’en suis convaincu, prêts pour l’attaque, nous avons un matériel et des munitions suffisantes. Nous attendons l’ordre du grand chef, alors Dieu nous aidera, Lui le Dieu de la justice et de l’amour. Le Dieu de la Paix et de la Charité Il anéantira les dévots du vieux bon dieu boche qui inspire à ses croyants tous les vices et tous les crimes, et notre France bien aimée redeviendra la fille aînée et aimée de l’Église. Alors, bientôt, ce sera le retour, ce sera pour toujours, je veux le croire, la vie de famille et la vie d’amis.

    Je ne sais si Marcel vous a annoncé sa nomination au grade de sergent, chef de section. Que Dieu nous le conserve, il est merveilleux au point de vue religieux.

    Offrez mon respectueux souvenir à madame votre mère et croyez, bien cher ami, à mes sentiments très affectueux en N.S. et en N.D.

    Joseph Perly »

    Les morts de notre paroisse se succèdent depuis quelques semaines ; tous tués à la guerre :

    René Chauvin, employé à l’imprimerie Migault, 40 ans, marié, 3 enfants, rue Munier ;

     

    002 - 15_PER_1914

    Annuaire de Loir-et-Cher 1914.- Publicité Migault, p. 579.- 15 Per 1914. AD41

     

    Raymond Aubry, jardinier, chez son père [rue Croix-Boissée], ancien de l’avant-garde Viennoise, 21 ans ;

    Gabriel Gautier, cordonnier, marié, 38 ans environ, au Glacis ;

    Et d’autre sont disparus !...

    Quel triste bilan.