En poursuivant votre navigation sur le site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des services et informations adaptées à vos centres d’intérêts. En savoir plus

  • 21 et 22 avril 1915

    21 et 22 avril 1915

    [21 avril] Charles, Pierre et moi nous allons par le tramway électrique de 1 h 30 à Chaumont-sur-Loire. De Chaumont nous revenons à bicyclette, par un temps froid et un vent nord violent, par Candé, les Quatre-Vents, les Montils, Seur, Chitenay – où nous goûtons – et Cellettes. Le vent nous a terriblement gênés. Le soir – après dîner – nous faisons un petit tour en ville et nous rentrons nous coucher.

    Chacun est fatigué et devra dormir d’un bon sommeil. Le vent de ce tantôt, très violent, nous a brisé !!

     

    6_Fi_045%00010

    Chaumont-sur-Loire.- Une rue du bourg.- 6 Fi 45/10. AD41

     

    [22 avril] Ce matin j’essaie – avec le mécanicien de Mme Hénault – ma voiture automobile. La garderai-je ? Je ne le sais. Mais il faut toujours que je l’essaye. L’essai se fait sur la route de Saint-Gervais, Cellettes, Clénord et Blois. Je suis satisfait. Mais cela me fait un effet de crainte de reprendre le volant.

    Malgré ma satisfaction de l’essai je ne dis pas que je garderai ma voiture. Je verrai dans quelque temps.

    Ce tantôt, Charles, Pierre et moi, nous allons à Chambord, en auto, par Vineuil et Huisseau. La voiture se comporte bien. Nous visitons le château. Nous sommes peut-être les derniers visiteurs qui visitons le merveilleux château, car aujourd’hui même – le procureur de la République de Blois – sur ordonnance du ministre de la Justice – met tout le Domaine de Chambord sous séquestre, comme appartenant à des sujets autrichiens. C’est là de la bonne prise de guerre et je l’approuve. Il était honteux de laisser un si beau et vaste Domaine français, acheté avec l’argent français, en des mains étrangères, et en des mains ennemies, et en des mains autrichiennes qui ont déchaîné la guerre, les crimes, les deuils, les ruines, la mort sur la France. Chambord, terre française, ne doit appartenir qu’à des français.

    Quel merveilleux château qu’on ne se lasse jamais d’admirer !

    Nous revenons par Saint-Dyé et la levée de la Loire et Charlot – quelques kilomètres – se met au volant. Il ne conduira pas mal.

    Nous rentrons à Blois assez tôt.

    En arrivant je trouve une bonne lettre de madame Masquelier d’Aigremont, la nièce de monseigneur Bolo.

    « 21 avril 1915

    Cher monsieur

    Votre lettre m’a fait bien plaisir ; vous ne nous oubliez pas malgré vos multiples occupations.

    Que de bien vous faites et comme vous me rendez honteuse d’être ici à la Chaise, je ne dirai pas sans rien faire car je travaille beaucoup, mais sans me rendre utile à tous les pauvres blessés.

    Oui cet hiver a été bien long et bien triste mais surtout angoissant ; c’est toujours avec crainte que j’ouvre le journal. Avez-vous lu dans les journaux que l’Allemagne avait envoyé trois sous-marins à Pola pour aider les Autrichiens. Ce sont des sous-marins nouveau type, c’est-à-dire qu’ils vont plus vite que les autres et peuvent aller plus loin.

    Voilà ce qui m’effraie. Mais à la grâce de Dieu ; nous sommes vraiment dans Sa main et il faut toujours espérer en Sa miséricorde. Je crois que la guerre ne sera plus longue, avec le beau temps il y aura une attaque générale et alors la délivrance ne sera pas loin.

    Vous pensez que je serai enchantée de vous recevoir avec votre cher marin. Vous me préviendrez du jour et vous viendrez déjeuner avec nous. Je serai aussi très contente de revoir la petite auto seulement il ne faut plus mélanger l’eau avec l’essence !

    Monseigneur a eu une dizaine de jours de repos. Il a vu Bizerte, Tunis, Carthage ; il est enchanté. S’il plaît à Dieu qu’il revienne, que de choses il aura à nous raconter !

    À bientôt j’espère – cher monsieur – ma mère vous envoie son meilleur souvenir et moi, je vous prie de croire à ma bonne amitié.

    J. Masquelier d’Aigremont. »

    Ce soir, après dîner, Charles, Pierre et moi, nous allons faire un tout petit tour en ville ; mes chers marins en profitent pour fumer leur pipe.