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  • 15, 16 et 17 avril 1915

    15, 16 et 17 avril 1915

    [15 avril] C’est le beau temps.

    Je reçois une lettre du mitrailleur Robert, de Toulouse, mais comme il veut « m’estamper » 30 F je ne lui répondrai pas ; c’est la meilleure façon de couper cours à semblables demandes, surtout venant de la part d’un entrepreneur aisé. Ah ! Par exemple ! Cela est trop fort.

    La guerre continue lentement. Les ambulances se vident, on ajoute de nouveaux lits, on forme de nouvelles ambulances, il ne vient plus de blessés. Que conclure ?

    Le « grand coup » ne vient pas vite ; Je n’y comprends rien ; Tout est calme.

    [16 Avril] Que deviennent nos militaires à Romorantin. Pas de nouvelles. Sont-ils passés à la visite du major ? Je ne reçois rien. Il n’y a qu’à attendre.

    Comme j’ai été souffrant la semaine dernière, cette semaine je ne vais pas à l’’ambulance. Et j’ai l’intention de ne plus y retourner jusqu’à ce qu’il y ait plus de blessés. À quoi bon ? Il n’y a plus que des lits vides.

    Il vaut mieux prendre des forces pour se dévouer après, corps et âme, au service des blessés.

    La guerre continue toujours aussi lente que jamais.

    [17 Avril] Enfin voici des cartes de nos fusiliers.

    Charles m’écrit de Romorantin, sur une carte représentant le général Joffre :

    « 1 mois de convalo, arrive la semaine prochaine, très bon voyage, 3 mois à nous 3. Ah ! Quelles promenades ! Bien le bonjour à madame Legendre.

    Viard Charles. »

     

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    Romorantin.- Vue générale.- 6 Fi 194/4. AD41

     

    Pierre Gallon m’écrit sur une carte représentant une vue panoramique de Romorantin, prise de l’église :

    « Notre procès est gagné, Charles, Nizon et moi, chacun notre petit mois de convalescence. Je vais faire mon possible pour passer à Blois, 2 ou 3 jours, en votre excellente compagnie. Quelle cuite ? Et dès aujourd’hui nous commençons. À bientôt ! Votre petit ami : Pierre. L’émotion commence à régner dans l’équipe de Romorantin. »

    Voici encore ce soir, une autre lettre de Charles.

    « Romorantin, le 16 Avril

    Monsieur Paul

    Je suis très heureux, Nizon, Gallon et moi chacun un mois de convalo. Gallon va faire tout son possible pour passer 2 ou 3 jours avec nous.

    C’est tout pour avoir de la convalo. Un mois c’est tout ce que je demandais.

    Je me vous en mets pas plus long, je n’ai pas le temps.

    Votre ami Charles qui vous serre la main.

    Viard. »

    Pierre m’envoie une carte représentant une autre vue panoramique de Romorantin :

    « Romorantin, le 16/4/15

    Monsieur

    Vous devez sans doute avoir eu des échos de notre convalescence, aussi hier, nous avons fait un arrosage sérieux et avec Charles nous ne sortons pas de la cantine. Je vais faire mon possible pour aller passer quelques jours avec vous. D’après l’avis des anciens de la caserne, nous partirions mardi, mais ce n’est pas sûr. À bientôt le plaisir de vous revoir, et en attendant de vous revoir, je termine ma lettre en vous serrant cordialement la main.

    Votre petit ami : Pierre »

    Ce qu’ils doivent être joyeux ; cela se voit ! Un mois de convalescence. Je leur écris ma joie.