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  • 10 et 11 avril 1915

    10 et 11 avril 1915

    La guerre avance petit à petit. Nos progrès sont continuels, mais si petits !

    « Monsieur Paul, m’écrit Charles. Ma demande a été acceptée. Mais depuis que je me suis fait arracher une dent ça ne va pas, c’est beaucoup enflé et le docteur a dit qu’il verrait ça dans 3 ou 4 jours. Enfin j’espère que ce ne sera rien et que ça ne retardera pas mon départ ; ça serait pour la semaine prochaine avec Gallon.

    Votre neveu à la mode de France qui vous serre la main : Charles. »

    J’ai encore de la fièvre et ne suis pas à mon aise ; la journée se passe froide.

    [Le 11], je ne sors pas, même pour aller à la messe, car je ne suis pas à mon aise, et aujourd’hui je me soigne sérieusement.

    Sur une carte du château de Chambord, Charles m’écrit

     

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    Chambord.- Le Château.- 6 Fi 34/134. AD41

     

    « 10-15 – Monsieur Paul

    J’ai reçu ma bague elle est très gentille…

    Je vous attends lundi à midi. Votre neveu à la mode de France qui vous serre la main.

    Mme Vautier[1] m’a écrit et j’avais un petit billet bleu dedans la lettre.

    Fusilier malin. »

    L’excellent M. Henri Robert m’écrit de Lunéville

    « Lunéville 31 mars 1915

    Mon bien cher ami

    Combien j’ai été surpris et charmé de recevoir de Blois la lettre de Paul. Je me rendais compte de sa grande joie, et de son bonheur de vous retrouver ! Vous avez bien voulu, mon cher ami, partager ce bonheur et lui faire un accueil dont il ne pourra, comme moi, vous être trop reconnaissant. Vous avez échangé des souvenirs qui ne se peuvent traduire et rappelé ces heureux jours de notre inoubliable voyage ! Combien je suis heureux du bonheur qu’en a éprouvé mon cher enfant, lui dont le cœur a si besoin d’affection et qui depuis huit longs mois en est privé. C’a été pour lui certainement une des plus rudes épreuves de cette terrible guerre, l’éloignement de ceux qu’il aime d’une affection si tendre. Vous avez bien voulu, mon cher ami, nous remplacer près de lui, il a retrouvé près de vous et de madame votre mère le vrai foyer de la famille. Combien Mme Robert et moi, nous vous prions de remercier en notre nom madame votre mère, qui a été si affectueuse et si bonne pour notre grand fils ! Je vais me mettre en route, lundi, pour aller vers lui pour peu de temps, car mes moments sont comptés, et aussi vers son aîné si possible. Vous pouvez penser combien j’aurai de bonheur à les revoir, après une absence si cruelle. Pourvu que rien ne survienne à ceux, si chers, que je laisse pendant mon absence ! Quel grave sujet de préoccupations. Enfin que Dieu nous garde, tous !

    Recevez, mon cher ami, un bien affectueux souvenir que vous voudrez bien transmettre aussi, très respectueusement, à madame votre mère de la part de madame Robert, à laquelle je me joins de tout cœur.

    Signé : Henri Robert. »

    Je reçois une lettre de Marcel Perly, le vaillant combattant de Vauquois :

    « Belle-Fontaine (Meuse) 3 Avril 1915

    Cher Monsieur et ami

    … Je veux vous parler un peu de notre vie en ce moment.

    Depuis une douzaine de jours je suis à Belle-Fontaine au peloton des élèves chefs de section, mais plutôt pour me reposer que pour le travail du peloton. À part cela la vie de tranchées est toujours la même quoique cela nous y trouvons un peu de changement, car nous avons le beau temps qui nous apporte un peu de joie et d’espérance ; Nous avons fait du 17 février au 20 mars, 7 attaques, et je vous assure que jamais je n’ai vu aussi haut de cadavres boches, car c’était vraiment triste à voir. C’était un véritable tapis devant nous. La dernière attaque que j’ai faite, je suis descendu dans la tranchée boche, et j’avais du sang au-dessus de mon soulier. Vous pouvez juger ce que c’était pénible pour descendre là-dedans. Enfin que voulez-vous ! C’est pour notre chère France, c’est aussi pour Dieu que nous combattons.

    Je ne vois pas beaucoup de nouvelles à vous apprendre pour aujourd’hui.

    Votre tout dévoué.

    En avant, pour Dieu et pour la France.

    Signé : Marcel Perly.

    Caporal 113e d’infanterie, 12e compagnie Secteur n°9 »

    Le bon Dargent m’envoie une carte – avec une vue du Tréport – à la date du 7 avril 15.

    « Tréport 7 avril 15

    Mon cher monsieur Legendre.

    Je vous dirais que je suis toujours en très bonne santé et ma famille aussi et que nous somme au Tréport pour quelque jours avec des bons amis à ma femme, mais nous n’avons pas beaucoup de beau temps. Je vous dirais que nous avons quitté Blangy lundi dernier car nous avons voulu profiter que c’était les fêtes de Paque pour faire notre devoire pascal toutes la familles en semble. Bien des choses de ma part à madame Legendre, à ma Sœur Marcelle, et à mon ami Charle Viard ; toujours votre ami qui vous serre la main de loing.

    Signé : Dargent Patrice. »

    [1] de Cherbourg