En poursuivant votre navigation sur le site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des services et informations adaptées à vos centres d’intérêts. En savoir plus

  • L’affaire de la cloche d’Herbilly

    Le clocher d'Herbilly restauré. ©Commune de Mer

     

        Le reclassement des dossiers d’affaires communales de Courbouzon (sous-série 6 O), a permis de redécouvrir une affaire qui a secoué la petite localité durant tout le XIXe siècle à travers une rivalité avec le hameau voisin d’Herbilly. A l’origine de la querelle : une cloche, et le tocsin de la discorde sonna jusqu’au Conseil d’État et mena même à une modification administrative.

        En 1802 déjà, le gouvernement français prévoyait de réunir les petites communes proches les unes des autres afin de simplifier les formalités administratives. Dans le même temps, il souhaitait supprimer des succursales (églises secondaires) dans certaines de ces communes afin de réunir les habitants dans un seul et même lieu de culte.

        En Loir-et-Cher, plusieurs communes furent concernées, mais aucune ne produisit autant de difficultés qu’Herbilly et Courbouzon. La paroisse d’Herbilly fut rattachée à celle de Courbouzon en 1802, et en 1808 c’est la commune qui est supprimée et connaît le même sort que la paroisse. Mais dès 1806, l’animosité entre les habitants commença à s’exacerber et la colère du hameau se fait sentir, dans une lettre du maire d’Herbilly au préfet, relatant les événements survenus lors de la translation du mobilier de son église.
        
        Quelques années plus tard, comme en témoigne un article du Journal de Loir-et-Cher du 3 janvier 1841 il fallut envoyer les gendarmes pour que la cloche, dernier symbole de l’identité des habitants de l’ancienne Herbilly, puisse être transférée à Courbouzon.

        Les années passèrent, et la rancune envers Courbouzon s’exprima dans la désertion de son église par les habitants d’Herbilly qui lui préférèrent les bancs des communes alentour. Bien qu’il soit difficile de retrouver des documents les montrant pleinement, les désaccords entre les deux « factions » ne cessèrent d’empirer, si bien que les habitants d’Herbilly demandèrent à être rattachés à la commune de Mer. Cette demande fut portée jusqu’aux plus hautes sphères de l’État et c’est le 22 juillet 1847, que par décret décret présidentiel, ce nouveau rattachement pris effet.

        Une fois séparée de la commune de Courbouzon, Herbilly voulut retrouver sa cloche, devenue au fil des années le symbole de la discorde. Là encore, ce ne fut pas chose aisée. La municipalité de Courbouzon ne voulait la céder qu’avec contrepartie financière, quand les habitants « dissidents » la revendiquaient comme un bien usurpé leur appartenant toujours. Alors que l’affaire menaçait une fois de plus de dégénérer, le curé courbouzonnais commença des démarches, notamment auprès du préfet pour lui demander de venir en aide à sa paroisse et de pourvoir à l’achat d’une nouvelle cloche. Celle-ci ne retrouvera toutefois sa place d’origine qu’en 1921.

        Qui pourrait aujourd’hui penser qu’une simple translation de cloche soulèverait autant de rivalités au sein d’un si petit territoire, à l’ordinaire très tranquille, trouverait un écho dans la presse nationale et mènerait jusqu’à un changement administratif voté par le conseil d’État ! La mémoire en est restée, et La Nouvelle République s’en est fait l’écho lors de la restauration de l’église d’Herbilly en 2010.

  • Galerie d'images

    • 001_1 - V_12.jpg
    • 001_2 - V_12.jpg
    • 002 -137_PER_1841_01.jpg
    • 003 - 2_K_108.jpg
    • 004_1 - 6_o_66_2.jpg
    • 004_2 - 6_o_66_2.jpg
    • 005_1 - 6_o_66_2.jpg
    • 005_2 - 6_o_66_2.jpg
    • 166_PER_2010_10.jpg

A lire :

  • Alain Corbin, Les cloches de la terre, Paris, Albin Michel, 1994, pp. 59-61.

A consulter ailleurs